La République a besoin de symboles. Il paraît que c'est comme ça. Une République sans symboles serait un peu comme un couscous sans merguez, une carbonade flamande sans bière ou un crumble sans pommes: une hérésie ! Une République sans symboles, c'est Marianne en string. Imaginez-la deux minutes en string, la Marianne, et vous verrez qu'elle est tout de suite beaucoup moins crédible. Alors, puisque de symboles elle a besoin, on lui en a donné pour ses désirs et surtout pour son argent (le nôtre...). Le Président en personne est venu expliquer aux mahorais qui n'avaient sans doute pas encore tout bien compris, les droits et les devoirs des enfants de Maman République. Elle veut bien avoir le sein généreux, la mère, mais elle veut aussi que ses enfants comprennent que lui suçotter le téton se mérite. Normal. C'est pour cela qu'il est venu, le Président: pour rappeler à tout le monde que la "mater republica" n'est pas qu'une cruche. Pour dire également que cette mater-là sait avoir de l'ambition pour ses marmots et qu'elle est là pour les protéger des envieux et turbulents rejetons de la voisine.
Très paternellement, le Président de la République (qu'il a épousée en secondes noces) a commencé par expliquer à la foule enthousiaste et attentive -on peut être les deux à la fois- que très bientôt, à Mayotte comme ailleurs, on pourrait recevoir dix chaînes de télévision (celles de la TNT) ! Essentiel pour l'élévation des esprits.
Ensuite, il a fait part aux gens de son volontarisme sans faille (après avoir rappelé les nombreuses promesses faites par le passé et tenues par personne sauf par lui, naturellement): volontarisme concernant les secteurs halieutique et touristique, volontarisme concernant la piste longue de l'aéroport de Pamandzi, volontarisme concernant les télécommunications (le câble, le fameux câble...), volontarisme concernant l'éducation évoquant sa lubie d'une scolarisation dès l'âge de trois ans. Oubliant un peu (et même beaucoup), au passage, de nous dire les modalités d'accueil de cet afflux supplémentaire d'effectifs dans une Ecole mahoraise et républicaine déjà au bord de l'asphyxie.
Il ne s'est pas seulement montré volontaire. Il a, comme à son habitude, fait preuve de satisfaction aussi. De beaucoup de satisfaction. Vous nous direz, vu le prix que son crochet de quelques heures par l'île au lagon a coûté, il fallait bien trouver un moyen de le rentabiliser.
De quoi s'est-il satisfait le plus, notre Président ?
Des reconduites à la frontière, pardi! 20 000 en un an. Un succès fou, ces reconduites ! Ça marche tellement bien qu'un quatrième radar sera planté dans le corail d'ici à quelques mois. Il a été ferme, le Président (tout en étant racoleur mais ça, que voulez-vous, quand on a pour technique de flatter l'électeur dans le sens du Front, on peut difficilement faire autrement) cessons l'hypocrisie, a-t-il dit. On ne peut pas vouloir prétendre lutter contre l'immigration clandestine -fléau majeur-et, parallèlement, favoriser l'embauche de clandestins. Il a raison.
C'était d'ailleurs amusant de l'entendre dire cela le jour même où France2 diffusait un sujet sur les travailleurs clandestins de l'Assemblée Nationale qui rénovent depuis deux ans le Palais-Bourbon sans que visiblement personne n'en trouve rien à redire...
En conclusion, rien de bien nouveau sous le soleil. Le Président est content de lui et de l'action de son gouvernement. Il agit tandis qu'avant lui les autres n'ont rien fait. Il est ambitieux et il promet. Il fait son boulot, en somme.
Le plus embêtant, dans toute cette histoire, étant que le discours par lui tenu aujourd'hui devant des centaines de personnes arborant des tee-shirt flanqués de "Sarko, le père de la départementalisation" ressemblait à s'y méprendre à celui qu'a prononcé le Vice-Recteur à Dembeni au mois de septembre lors de la cérémonie d'accueil des nouveaux arrivants. Il était également très semblable à ceux qu'a déjà tenus le Préfet. La question peut donc être posée de savoir si les sommes folles dépensées pour préparer la venue dans l'île de M. Sarkozy étaient vraiment justifiées ? On est en droit de penser que non.
Mais puisque la République, pour tenir debout, a besoin de symboles, on ne va pas en plus jouer les radins.
Arnaud Stephan





